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Rachat de crédit en instance de divorce : préparer l’après-jugement

L’instance de divorce crée une zone grise que beaucoup d’emprunteurs sous-estiment. Sur le plan civil, la procédure est lancée. Sur le plan bancaire, rien n’a changé : les deux époux restent solidaires de chaque crédit signé ensemble, et la plupart des organismes refusent tout rachat tant que le jugement définitif n’est pas prononcé.

Cette période transitoire dure souvent plus d’un an. Les revenus du foyer ont été divisés, un second loyer s’ajoute aux mensualités initiales, et le surendettement guette. Le rachat de crédit reste pourtant une issue viable, à condition d’en comprendre les vraies marges de manœuvre et de préparer le dossier en amont.

Cet article fait le tri entre ce qui est possible avant le jugement, ce qui ne l’est pas, et les solutions intermédiaires comme la désolidarisation ou la signature anticipée d’une convention. Il détaille aussi le moment précis où une banque accepte enfin de reprendre les prêts, et la façon d’intégrer un rachat de soulte au regroupement.

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DURÉE MOYENNE
26 mois
divorce contentieux 2023
DÉSOLIDARISATION
1 à 6 mois
accord bancaire
DROIT DE PARTAGE
1,10 %
depuis 2021

« En instance de divorce » : ce que ça change pour vos crédits

Être en instance de divorce désigne la période qui sépare le dépôt de la requête du jugement définitif. Cette phase n’a pas d’équivalent bancaire. Pour l’organisme prêteur, vous êtes toujours mariés, toujours solidaires, toujours co-emprunteurs. C’est précisément ce décalage qui complique la moindre opération de regroupement de prêts par situation personnelle tant que la procédure n’est pas close.

Solidarité bancaire : inchangée jusqu’au jugement définitif

L’article 220 du Code civil impose une solidarité automatique entre époux pour les dettes contractées pour les besoins du ménage. Crédit auto pour le véhicule familial, prêt travaux sur la maison commune, regroupement signé à deux : la banque considère chacun des conjoints comme intégralement débiteur. Si l’un cesse de payer, l’autre doit prendre le relais sur la totalité, pas sur la moitié.

Cette solidarité ne dépend pas du régime matrimonial. Elle s’applique à un couple marié en séparation de biens dès qu’ils ont co-signé l’offre de prêt. Le seul élément qui y met fin est la signature d’un avenant de désolidarisation accepté par l’établissement, ou le rachat complet du crédit par un nouvel organisme avec un seul titulaire.

La réforme de 2021 : fin de l’ordonnance de non-conciliation

La loi du 23 mars 2019, entrée en vigueur au 1er janvier 2021, a supprimé l’ordonnance de non-conciliation. Elle a été remplacée par une audience d’orientation et sur mesures provisoires (AOMP) qui statue dès la première convocation devant le juge aux affaires familiales. Beaucoup d’articles évoquent encore l’ONC : c’est une référence obsolète depuis cinq ans.

L’AOMP fixe les mesures provisoires : qui occupe le logement, qui paye la pension alimentaire, qui rembourse temporairement quel crédit. Ces décisions ne sont pas opposables aux banques. Si le juge attribue le remboursement d’un prêt commun à votre ex-conjoint et qu’il ne paye pas, l’établissement vous poursuivra quand même. Cette dissociation entre le droit familial et le droit bancaire est la première cause de blocage du rachat en instance.

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ATTENTION

Une décision du juge attribuant le paiement d’un crédit à votre ex-époux ne vous protège pas face à la banque. En cas de défaut de paiement, l’établissement peut se retourner contre vous pour le solde intégral, et reporter l’inscription au FICP sur les deux noms. Le seul rempart réel est la désolidarisation ou le rachat du prêt.

Pourquoi les banques refusent le rachat tant que la procédure n’est pas close

Le blocage n’est pas une décision arbitraire des banques. Il découle d’une réalité juridique : sans jugement définitif, ni le patrimoine ni les dettes du couple ne sont liquidés. L’organisme prêteur ne sait pas qui sera propriétaire de quoi, qui devra à qui une soulte, et quelle part de chaque crédit reviendra à chaque ex-conjoint après partage.

Le risque juridique côté établissement prêteur

Une banque qui accorde un rachat de crédit à un seul des deux époux pendant la procédure prend un risque double. D’abord, le juge peut imposer dans le jugement final une répartition différente des dettes, ce qui rendrait le nouveau prêt incohérent. Ensuite, l’ex-conjoint non signataire pourrait contester l’opération si elle léa sa quote-part dans la communauté.

Concrètement, la plupart des organismes exigent la convention de divorce signée ou le jugement définitif avant d’instruire un dossier de regroupement. Les courtiers spécialisés peuvent recevoir et préqualifier votre demande pendant l’instance, mais l’accord ferme attendra. Cette attente structure tout le calendrier d’une opération sérieuse.

Régime matrimonial : ce qui amplifie ou atténue le blocage

Sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, qui concerne environ 80 % des couples mariés sans contrat, tous les biens et dettes acquis pendant le mariage sont communs à parts égales. Aucun rachat individuel n’est envisageable tant que la liquidation n’a pas eu lieu, sauf accord exprès de l’autre époux devant notaire.

Sous le régime de la séparation de biens, chaque époux conserve la propriété de ce qu’il a acquis seul. Un crédit signé par un seul conjoint reste son problème exclusif. Pour ces dossiers, le rachat de crédit pendant la procédure est juridiquement possible, à condition que les crédits visés soient strictement individuels. Pour un emprunt signé conjointement, la solidarité bancaire s’applique malgré le régime séparatiste.

Les exceptions : séparation de biens et convention anticipée

Certaines situations débloquent partiellement la procédure. Un rachat de crédit compte joint avec un avenant de désolidarisation déjà accordé permet à l’organisme repreneur de traiter le dossier comme une demande individuelle. Une convention de divorce déposée chez l’avocat, même non encore enregistrée, change aussi la donne pour les divorces par consentement mutuel : le notaire peut produire une attestation que beaucoup de banques acceptent.

La signature d’un acte notarié de partage anticipé est une autre voie. Coût : autour de 2 % de la valeur des biens partagés, plus les émoluments. C’est lourd, mais ça permet de raccourcir l’attente de plusieurs mois quand le besoin de trésorerie est urgent.

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Les solutions intermédiaires pendant la procédure

Attendre 18 ou 26 mois sans rien faire est rarement tenable quand les charges grimpent. Plusieurs leviers existent pour réduire la pression financière sans attendre le jugement, à commencer par la désolidarisation et l’usage stratégique des mesures provisoires.

La désolidarisation de prêt : étape souvent préalable au rachat

La désolidarisation est l’acte par lequel votre banque actuelle accepte que l’un des deux co-emprunteurs sorte du prêt. L’autre devient le seul débiteur. La procédure prend entre 1 et 6 mois selon l’établissement, et ne dépend pas du jugement de divorce. Elle est accessible dès le début de l’instance.

La banque examine la solvabilité du conjoint qui reste. Si son revenu seul ne suffit pas à couvrir la mensualité avec un taux d’endettement sous 35 %, l’avenant est refusé. Frais à prévoir : entre 500 et 1 500 € de dossier, plus les frais de notaire si la propriété du bien change en parallèle. Une désolidarisation accordée ouvre ensuite la porte à un rachat individuel chez un autre organisme dans des conditions normales.

Le rôle des mesures provisoires de l’AOMP

L’audience d’orientation fixe une répartition provisoire des dettes. Ce document n’engage pas la banque, mais il sert de pièce justificative pour montrer aux organismes que la séparation est judiciairement actée. Combiné à une attestation de l’avocat sur l’état de la procédure, il rassure les services crédit, sans pour autant déclencher un accord ferme.

Les mesures provisoires peuvent aussi imposer à votre ex-époux de continuer à rembourser sa part. En cas de non-paiement, vous pouvez le poursuivre civilement pour récupérer les sommes avancées. Cette créance future est valorisable dans la liquidation finale du régime matrimonial.

Préparer le dossier sans attendre la fin

Rien n’interdit de constituer le dossier de rachat pendant la procédure, de simuler les mensualités, de comparer les organismes, et d’obtenir une préqualification. Un courtier sérieux peut ouvrir un dossier conditionnel avec mention « accord ferme à réception du jugement définitif ». Le jour où le tribunal rend sa décision, l’opération démarre dans la foulée.

Cette préparation anticipée permet aussi d’identifier les dossiers structurellement bloqués. Si votre capacité d’emprunt sur un revenu seul ne passe pas, mieux vaut le savoir avant de finaliser le divorce, pour négocier autrement le partage ou la prestation compensatoire. Les regroupements de crédits sans conjoint obéissent à des grilles d’analyse plus strictes.

PENDANT L’INSTANCE
Marges de manœuvre limitées
  • Désolidarisation possible (1 à 6 mois)
  • Préqualification de dossier acceptée
  • Refus quasi systématique du rachat ferme
  • Solidarité bancaire maintenue sur prêts communs
  • Liquidation du patrimoine non finalisée
★ APRÈS JUGEMENT DÉFINITIF
Opération recevable par 80 % des banques
  • Convention de divorce ou jugement = pièce maîtresse
  • Rachat de soulte intégrable au regroupement
  • Désolidarisation actée par avenant
  • Capacité d’emprunt évaluée sur un seul revenu
  • Délai notaire de 2 à 3 mois après prononcé

Le tableau ci-dessus résume une réalité que beaucoup d’emprunteurs découvrent trop tard. Le rachat de crédit n’est pas une procédure que l’on déclenche à n’importe quel moment du divorce. C’est une opération qui s’enchaîne après le jugement, et qui doit être préparée pendant l’instance pour aboutir vite ensuite.

Faire racheter ses crédits après le jugement : la marche à suivre

Une fois le divorce prononcé, les obstacles juridiques tombent. La banque dispose enfin de la convention de divorce ou du jugement, des actes notariés de partage, et d’une situation patrimoniale stabilisée. C’est à ce moment que le regroupement prend tout son sens, particulièrement quand un rachat de soulte vient se greffer à l’opération.

Intégrer le rachat de soulte au regroupement

La soulte est la somme versée par celui qui garde le bien immobilier à celui qui s’en sépare. Sa formule standard : (valeur du bien − capital restant dû) ÷ 2 pour une indivision à parts égales. Sur un bien estimé 250 000 € avec 70 000 € de crédit restant, la soulte due est de 90 000 €. À cela s’ajoutent les frais notariés.

Les organismes spécialisés acceptent d’inclure cette soulte dans le rachat de crédit. Le nouveau prêt reprend alors l’ancien crédit immobilier, les éventuels crédits conso, et la somme à verser à l’ex-conjoint, le tout sur une seule mensualité. Cette construction est particulièrement adaptée aux dossiers où le repreneur n’a pas d’épargne suffisante pour la soulte. Les frais notaire sur la part rachetée s’élèvent à environ 7,5 %, dont 1,10 % de droits de partage depuis la réforme de 2021.

Pièces à réunir avant de solliciter les organismes

Le dossier exigé est plus lourd qu’un rachat standard. Il faut le jugement ou la convention de divorce signée, les trois derniers avis d’imposition, six derniers bulletins de salaire, les tableaux d’amortissement de tous les crédits en cours, l’estimation officielle du bien immobilier si soulte, et le titre de propriété. Pour les profils avec enfants à charge, la décision sur la pension alimentaire fait également partie des pièces, puisqu’elle affecte le reste à vivre.

Un courtier peut centraliser ces démarches et solliciter en parallèle plusieurs banques et organismes spécialisés. Les délais de réponse oscillent entre 15 jours et 6 semaines après dépôt complet. La signature de l’offre ouvre ensuite un délai légal de réflexion de 10 jours pour un crédit conso et 11 jours pour un crédit immobilier.

Le bon timing pour déposer la demande

Le moment optimal est environ 4 à 6 semaines après le prononcé du divorce. Cela laisse le temps de récupérer la décision signifiée, de procéder à la liquidation chez le notaire, et de stabiliser sa situation fiscale individuelle. Trop tôt, l’organisme bloque sur des pièces manquantes. Trop tard, votre situation budgétaire risque de se dégrader entre-temps.

Pour un divorce contentieux particulièrement long, la durée moyenne s’établit à 26 mois selon les statistiques 2023 du ministère de la Justice. Pour un consentement mutuel sans juge, la procédure se boucle en 4 à 6 mois. Cette différence change radicalement la stratégie de rachat. Sur un consentement mutuel, autant attendre. Sur un contentieux long, la désolidarisation prend tout son sens. Les regroupements de crédits famille nombreuse en instance suivent la même logique, avec une attention renforcée sur le reste à vivre du parent gardien.

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Questions fréquentes

Peut-on faire un rachat de crédit avant le jugement de divorce ?

Dans la grande majorité des cas, non. Les banques attendent la convention de divorce signée ou le jugement définitif pour instruire un rachat. Deux exceptions : un emprunteur marié en séparation de biens dont les crédits sont strictement individuels, et un dossier où une désolidarisation a déjà été accordée par la banque actuelle. Pendant l’instance, un courtier peut tout de même préqualifier le dossier pour qu’il soit prêt à activer dès le prononcé.

Que devient le crédit si mon ex-conjoint refuse de payer pendant la procédure ?

La banque se retournera contre vous pour la totalité de la dette, indépendamment des mesures provisoires fixées par le juge. Vous pourrez ensuite réclamer civilement à votre ex-époux la moitié des sommes avancées, mais c’est une procédure parallèle. Pour vous protéger, deux leviers : demander une désolidarisation auprès de l’établissement, ou déposer une plainte au tribunal pour faire respecter les mesures de l’audience d’orientation.

Comment se calcule la soulte avec un crédit immobilier en cours ?

La formule standard pour une indivision à parts égales est la suivante : (valeur du bien estimée − capital restant dû sur le prêt) ÷ 2. Sur un bien à 300 000 € avec 100 000 € de capital restant, la soulte due au conjoint sortant s’élève à 100 000 €. Le repreneur doit en plus refinancer les 100 000 € de crédit existant, soit une opération totale de 200 000 €, à laquelle s’ajoutent les frais de notaire d’environ 7,5 % sur la part rachetée et les droits de partage à 1,10 %.

Quels documents la banque exige-t-elle pour un rachat de crédit post-divorce ?

Le dossier complet comprend : la convention de divorce ou le jugement définitif signifié, les trois derniers avis d’imposition, six bulletins de salaire récents, les tableaux d’amortissement de chaque crédit à reprendre, le titre de propriété et l’estimation du bien immobilier si rachat de soulte, ainsi que les décisions concernant pension alimentaire et garde d’enfants. Pour un aidant familial pour rachat de crédit, des justificatifs supplémentaires sur les charges du proche aidé sont demandés.

Le rachat de crédit fait-il partie de la convention de divorce ?

Pas directement. La convention de divorce traite le partage des biens et des dettes entre époux, sans engager les banques. Mais elle peut acter qu’un conjoint s’engage à reprendre seul un crédit, à racheter une soulte, ou à solliciter une désolidarisation. Ces clauses servent ensuite de pièces justificatives auprès des organismes de rachat. Les avocats spécialisés rédigent souvent une clause de coopération qui oblige le conjoint cédant à signer les avenants bancaires nécessaires.

Conditions soumises à étude et acceptation du dossier par l’organisme prêteur. Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.