Crédit pour personne en invalidité : ce que les banques ne vous diront pas avant de refuser

Obtenir un crédit quand on perçoit une pension d’invalidité n’est pas impossible, mais c’est rarement aussi simple que les comparateurs en ligne le laissent croire. La pension est reconnue comme un revenu par les banques. Ça, tous les articles le disent. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que le vrai verrou se situe rarement au niveau du crédit lui-même : c’est l’assurance emprunteur qui fait tomber la majorité des dossiers, surtout en catégorie 2 et 3. Et quand ce n’est pas l’assurance, c’est une confusion tenace sur la saisissabilité de la pension qui pousse certains établissements à refuser sans motif solide. Le problème n’est donc pas juridique. Il est systémique. Cet article détaille les mécanismes réels de refus, les dispositifs sous-utilisés comme la convention AERAS ou la garantie invalidité spécifique, et les stratégies concrètes pour contourner les blocages selon votre catégorie, vos revenus et votre type de projet.

La pension d’invalidité est un revenu fixe, mais les banques la traitent comme un revenu fragile

Sur le papier, la pension d’invalidité est un revenu de substitution versé mensuellement par la CPAM. Les banques le savent. Mais dans la pratique, elles appliquent une décote implicite sur ce revenu parce qu’elles connaissent trois caractéristiques que les emprunteurs ignorent souvent.

Révision, suspension, suppression : les trois scénarios qui inquiètent les analystes crédit

Une pension d’invalidité n’est pas gravée dans le marbre. La CPAM peut la réviser à la baisse si l’état de santé évolue favorablement ou si les revenus d’activité dépassent un certain seuil. Elle peut être suspendue si le bénéficiaire reprend une activité dont les revenus cumulés excèdent le salaire de comparaison. Et elle peut être supprimée à l’âge légal de la retraite, remplacée par une pension vieillesse souvent inférieure. Pour un analyste crédit qui évalue un dossier sur 10, 15 ou 25 ans, ces trois scénarios pèsent. Ce n’est pas de la discrimination : c’est une lecture du risque que peu d’emprunteurs anticipent quand ils montent leur dossier.

Catégorie 1, 2 ou 3 : la ligne de fracture invisible entre « finançable » et « infinançable »

La catégorie 1 (capacité de travail réduite mais activité possible) passe plutôt bien auprès des banques, parce que la pension vient en complément d’un salaire. La catégorie 2 (impossibilité d’exercer une activité) est le cas le plus délicat : la pension seule constitue le revenu principal, et son montant dépasse rarement 50 % de l’ancien salaire moyen des 10 meilleures années. La catégorie 3 ajoute une majoration pour tierce personne, mais cette majoration est insaisissable, donc invisible dans le calcul bancaire de solvabilité. En résumé, le numéro de catégorie ne dit pas seulement quelque chose sur votre santé : il détermine la manière dont votre dossier sera filtré dès la première lecture.

Pension + activité partielle vs pension seule : deux dossiers radicalement différents

Un emprunteur en catégorie 1 qui cumule une pension de 600 € et un salaire partiel de 1 200 € présente un profil à 1 800 € de revenus stables, avec un contrat de travail. C’est un dossier classique. Un emprunteur en catégorie 2 avec une pension unique de 1 050 € entre dans une zone où le taux d’endettement maximum à 35 % ne laisse que 367 € de mensualité possible, avant même de compter les charges fixes. À ce niveau, la plupart des crédits immobiliers sont hors de portée, et même les crédits conso nécessitent des durées longues. La différence entre ces deux profils n’est pas marginale : elle sépare un dossier recevable d’un dossier rejeté automatiquement par les algorithmes de scoring.

Le mythe de la pension insaisissable qui bloque des milliers de dossiers

Il existe une croyance solidement ancrée, y compris chez certains conseillers bancaires, selon laquelle la pension d’invalidité serait insaisissable. Cette confusion provoque des refus de crédit qui n’ont aucun fondement juridique réel.

Pension d’invalidité vs AAH : l’une est saisissable, l’autre non, et personne ne le précise

La pension d’invalidité versée par la Sécurité sociale est saisissable dans les mêmes conditions que le salaire, selon un barème progressif fixé par décret. C’est un revenu de remplacement, pas une aide sociale. L’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés), en revanche, est une prestation sociale insaisissable, sauf pour le paiement de frais d’entretien de la personne handicapée. Or, sur les forums, dans les agences, et même dans certains articles juridiques vulgarisés, les deux sont systématiquement confondues. Cette confusion a des conséquences directes : des banques refusent des crédits à des pensionnés d’invalidité en invoquant l’insaisissabilité, alors que ce motif ne s’applique pas à leur situation. Si vous êtes dans une situation financière difficile, ce point mérite d’être clarifié avant toute démarche.

Pourquoi certaines banques utilisent encore l’argument « insaisissable » pour refuser un crédit

Le secret bancaire protège les établissements : ils n’ont pas l’obligation de motiver précisément un refus de prêt. En pratique, l’argument de l’insaisissabilité sert de prétexte commode pour écarter un dossier jugé trop complexe à traiter. Un conseiller qui ne maîtrise pas la distinction entre pension d’invalidité et AAH peut rejeter un dossier en toute bonne foi. D’autres le font par confort, parce que le traitement d’un dossier invalide nécessite un circuit d’assurance plus long et plus incertain. La jurisprudence montre que les emprunteurs discriminés obtiennent généralement gain de cause devant les tribunaux, mais cette voie est longue et n’aboutit pas à l’octroi du crédit. Le levier le plus efficace reste de fournir soi-même au conseiller les textes applicables (article L341-1 du Code de la sécurité sociale) pour couper court à l’argument.

Le plancher trimestriel de 1 014,93 € et ce qu’il change concrètement pour votre capacité d’emprunt

La loi impose qu’une saisie ne puisse pas réduire la pension d’invalidité en dessous de 1 014,93 € par trimestre (soit environ 338 € par mois). Ce plancher signifie qu’en cas d’impayé, la banque ne pourrait récupérer que la fraction de pension dépassant ce seuil. Pour une pension de catégorie 2 autour de 1 050 €, la part saisissable est donc très faible. C’est ici que le problème devient concret : même si la pension est juridiquement saisissable, la fraction réellement récupérable est si mince que la banque considère ne disposer d’aucun recours solide. Ce n’est pas un refus illégal : c’est un calcul de risque fondé sur une réalité mathématique que personne n’explique aux emprunteurs.

Le vrai obstacle n’est pas le crédit, c’est l’assurance emprunteur

La majorité des refus de prêt immobilier pour les personnes en invalidité ne viennent pas de la banque elle-même. Ils viennent de l’assureur. Sans couverture décès-invalidité acceptée, aucun établissement ne débloquera les fonds, même si votre capacité de remboursement est suffisante.

Sans assurance, pas de prêt : la dépendance cachée qui verrouille l’accès au crédit immobilier

L’assurance emprunteur n’est pas légalement obligatoire pour un crédit immobilier. Mais dans les faits, aucune banque ne prête sans. Le problème pour une personne déjà en invalidité au moment de la souscription : les garanties invalidité et incapacité sont précisément celles qui couvrent le risque qu’elle incarne déjà. L’assureur ne peut pas couvrir un sinistre en cours. Résultat : exclusion de garantie, surprime prohibitive, ou refus pur et simple. Le dossier bancaire peut être parfait sur le plan financier et échouer uniquement sur ce point. C’est pourquoi la stratégie d’accès au crédit pour une personne invalide ne commence pas à la banque : elle commence chez l’assureur, ou chez un courtier en assurance spécialisé dans les risques aggravés.

Le questionnaire de santé supprimé sous 200 000 € : une fenêtre que peu de personnes invalides exploitent

Depuis la loi Lemoine de 2022, les assureurs n’ont plus le droit d’exiger un questionnaire de santé si deux conditions sont réunies : le montant cumulé des crédits assurés ne dépasse pas 200 000 € par emprunteur, et le remboursement s’achève avant le 60e anniversaire de l’assuré. Pour un couple, le plafond passe à 400 000 €. Cette suppression du questionnaire médical signifie que l’assureur ne peut pas connaître votre état d’invalidité et ne peut donc pas vous refuser ou vous appliquer une surprime pour ce motif. C’est une fenêtre considérable, mais elle reste sous-exploitée parce que beaucoup de personnes invalides ne savent pas qu’elle existe ou pensent qu’elle ne s’applique pas à leur cas. Si votre projet entre dans ces limites, c’est la première piste à explorer avant toute autre démarche.

Surprime, exclusion, refus : ce que chaque réponse de l’assureur implique sur votre dossier bancaire

Quand le questionnaire de santé est requis, trois issues sont possibles. La surprime augmente le coût de l’assurance (parfois de 100 à 300 %), ce qui gonfle le TAEG et peut faire dépasser le taux d’usure, rendant le crédit techniquement interdit. L’exclusion de garantie signifie que votre pathologie ne sera pas couverte : la banque peut l’accepter ou non, selon sa politique interne. Le refus pur déclenche le mécanisme AERAS, mais il allonge les délais de plusieurs semaines et réduit considérablement vos options. Le point clé que peu de courtiers expliquent : une surprime excessive ne se négocie pas avec la banque, elle se contourne en changeant d’assureur via la délégation d’assurance (loi Lagarde), puis éventuellement en changeant à tout moment grâce à la loi Lemoine. Comparer au moins trois ou quatre contrats externes est la seule stratégie qui donne des résultats mesurables.

Convention AERAS : le dispositif existe, mais presque personne ne passe le niveau 2

La convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) est censée être le filet de sécurité pour les emprunteurs que les assureurs refusent. En pratique, son fonctionnement par paliers crée un parcours d’obstacles que peu de dossiers traversent jusqu’au bout.

Les 3 niveaux d’examen et pourquoi le niveau 3 est celui qui change la donne

Le niveau 1 est l’examen standard : questionnaire de santé classique, réponse rapide, refus fréquent pour les profils en invalidité. Le niveau 2 implique un examen médical approfondi par le service médical de l’assureur, avec des documents complémentaires. C’est à ce stade que la plupart des dossiers s’arrêtent, soit par refus, soit par proposition avec exclusions trop lourdes. Le niveau 3 est celui où interviennent des réassureurs spécialisés, capables d’évaluer des risques que les assureurs classiques ne savent pas tarifer. Ce niveau n’est accessible que pour les prêts immobiliers et professionnels dont l’échéance tombe avant le 71e anniversaire et dont le montant assuré ne dépasse pas 420 000 €. C’est souvent là que se débloquent les situations qui semblaient impossibles au niveau 2.

La Garantie Invalidité Spécifique (GIS) à 70 % : la seule couverture sans exclusion de pathologie

Si la garantie Invalidité Permanente Totale (IPT) classique est refusée ou acceptée avec une exclusion liée à votre pathologie, la convention AERAS prévoit un dispositif de remplacement : la Garantie Invalidité Spécifique. Elle se déclenche lorsque le taux d’invalidité atteint au moins 70 %, évalué selon le barème annexé au Code des pensions civiles et militaires. Sa particularité : elle ne comporte aucune exclusion liée à l’affection déclarée. Autrement dit, même la maladie qui a provoqué le refus initial est couverte. Peu d’emprunteurs connaissent l’existence de cette garantie, et certains courtiers ne la proposent pas spontanément parce qu’elle ne concerne que les dossiers passés par le circuit AERAS. Si votre IPT a été refusée, demandez explicitement si la GIS vous est proposée.

Écrêtement des surprimes pour revenus modestes : le mécanisme invisible qui plafonne votre cotisation

La convention AERAS contient un dispositif de plafonnement des surprimes destiné aux emprunteurs à revenus modestes. Si votre revenu fiscal de référence ne dépasse pas certains seuils (variables selon le nombre de parts fiscales de votre foyer), le surcoût d’assurance est limité à 1,4 point du TAEG du prêt. Ce mécanisme est financé conjointement par les assureurs et les banques. Pour les emprunteurs de moins de 35 ans éligibles au PTZ, la surprime peut même être intégralement prise en charge. C’est un levier financier réel, mais il est rarement présenté aux emprunteurs parce qu’il suppose que le dossier ait déjà atteint le stade de la proposition d’assurance avec surprime. Vérifiez votre éligibilité avant de renoncer face à une cotisation d’assurance qui semble inabordable.

Refus AERAS : saisir la commission de médiation vs chercher un autre assureur, quel levier en premier

En cas de refus à l’issue du processus AERAS, deux options existent. La commission de médiation AERAS vérifie que la convention a été correctement appliquée et peut faciliter un règlement amiable entre votre médecin et le médecin-conseil de l’assureur. C’est un recours gratuit mais lent, dont l’issue n’est pas contraignante. L’autre option, souvent plus rapide, consiste à solliciter directement d’autres assureurs : chaque compagnie a sa propre politique d’acceptation et sa propre expérience des risques aggravés. Un courtier spécialisé (type Handi-Assur ou équivalent) peut soumettre votre dossier à plusieurs assureurs simultanément. En pratique, la meilleure stratégie est de lancer les deux en parallèle : la médiation comme filet de sécurité, et la recherche d’un autre assureur comme levier opérationnel immédiat.

Crédit conso en invalidité : les conditions réelles d’acceptation par organisme

Le crédit à la consommation est plus accessible que le crédit immobilier pour une personne en invalidité, parce que les montants sont plus faibles et que l’assurance emprunteur reste facultative. Mais « plus accessible » ne signifie pas « garanti ».

Ce que les plateformes en ligne (Cofidis, Younited, FLOA) acceptent vraiment avec une pension seule

Les organismes de crédit en ligne ont des algorithmes de scoring qui intègrent la pension d’invalidité comme revenu fixe, à condition de fournir une attestation de pension et des relevés bancaires sans incidents sur les trois derniers mois. En pratique, un profil avec une pension de catégorie 2 autour de 1 050 € peut obtenir un prêt personnel de 3 000 à 8 000 € sur 24 à 48 mois, selon le taux d’endettement existant. Au-delà, les refus se multiplient. L’absence de fiche de paie n’est pas bloquante si les autres justificatifs sont solides. Le point d’attention : certains organismes appliquent un taux plus élevé pour compenser le risque perçu, ce qui augmente le coût total du crédit. Comparer les offres entre au moins trois plateformes reste indispensable. Si vous avez un doute sur votre fichage, vérifiez d’abord si vous êtes inscrit au FICP avant de multiplier les demandes.

Microcrédit personnel : le seul dispositif pensé pour des revenus sous le SMIC

Quand la pension est trop faible pour accéder au crédit classique, le microcrédit personnel reste la seule alternative bancaire structurée. Plafonné à 8 000 € (montant relevé ces dernières années) avec une durée maximale de 7 ans, il est distribué par des associations agréées (ADIE, Croix-Rouge, CCAS) qui servent d’intermédiaires avec la banque. Le taux est encadré et l’accompagnement social fait partie du dispositif. L’avantage pour une personne en invalidité : l’évaluation ne repose pas uniquement sur le scoring bancaire mais sur la viabilité du projet et la capacité réelle de remboursement. C’est le seul circuit où une pension de 800 € peut suffire à obtenir un financement, à condition que le projet soit identifié (achat d’un véhicule adapté, équipement médical, formation).

Le piège du crédit renouvelable quand on n’a aucune marge de manœuvre budgétaire

Face aux refus répétés de crédit classique, certaines personnes en invalidité se tournent vers le crédit renouvelable, facilement accessible en ligne ou en magasin. C’est une erreur coûteuse. Les taux du crédit renouvelable oscillent entre 15 et 22 %, contre 4 à 8 % pour un prêt personnel classique. Sur un budget contraint où chaque euro compte, les intérêts s’accumulent rapidement et le capital remboursé diminue à peine. Le mécanisme de reconstitution du capital disponible encourage la consommation continue, créant un cycle d’endettement difficile à briser. Quand plusieurs crédits renouvelables s’empilent, la situation peut basculer vers le surendettement. Si vous êtes déjà pris dans ce schéma, un rachat de dette personnelle peut être envisagé pour regrouper et réduire les mensualités.

Crédit immobilier en invalidité : les stratégies qui fonctionnent au-delà du dossier standard

Quand le circuit classique échoue (refus d’assurance, pension jugée insuffisante, scoring négatif), il reste des leviers concrets. Ils demandent plus de préparation, mais ils permettent à des dossiers rejetés en première intention d’aboutir.

Hypothèque, nantissement, caution solidaire : les garanties alternatives quand l’assurance fait défaut

Si aucune assurance emprunteur ne peut être souscrite malgré le circuit AERAS, les banques se sont engagées, dans le cadre de la convention, à chercher des solutions alternatives pour garantir le prêt. L’hypothèque sur un bien immobilier existant (y compris différent de celui financé) permet à la banque de se garantir sans passer par l’assurance. Le nantissement d’un contrat d’assurance-vie ou d’un portefeuille de valeurs mobilières joue le même rôle. La caution solidaire d’un tiers solvable transfère le risque sur une autre personne. Ces solutions ne sont pas proposées spontanément : c’est à l’emprunteur ou à son courtier de les mettre sur la table. La banque ne peut pas refuser le crédit uniquement au motif du refus d’assurance si une garantie alternative crédible est présentée.

Le co-emprunteur en CDI ne fait pas que « rassurer », il déplace l’intégralité du risque

Ajouter un co-emprunteur en CDI à un dossier de crédit immobilier n’est pas qu’une question de confort psychologique pour le banquier. En termes de scoring, cela change la nature même du dossier. Les revenus du co-emprunteur deviennent la base principale du calcul de capacité d’endettement. C’est son contrat de travail qui rassure, c’est son assurabilité qui débloque l’assurance emprunteur, et c’est sur son patrimoine que la banque pourra se retourner en cas de défaillance. La pension d’invalidité devient alors un revenu complémentaire qui améliore le ratio. Pour une personne en catégorie 2, c’est souvent la seule voie réaliste vers un crédit immobilier d’un montant significatif. La contrepartie : le co-emprunteur est solidairement engagé sur la totalité de la dette, ce qui doit être compris et accepté par les deux parties.

Prêts aidés oubliés : CAF (1 067 €, 1 %), Action Logement (10 000 €, 1 %) pour adapter un logement

En dehors du circuit bancaire classique, deux dispositifs permettent de financer des travaux d’adaptation du logement à des conditions très avantageuses. Le prêt à l’amélioration de l’habitat de la CAF finance jusqu’à 80 % des travaux pour un montant maximum de 1 067,14 € à un taux de 1 %, remboursable sur 36 mois. Le prêt travaux d’adaptation d’Action Logement va jusqu’à 10 000 € au taux de 1 % pour les salariés ou anciens salariés d’entreprises du secteur privé de 10 salariés et plus. Un dispositif équivalent existe pour le secteur agricole sous le nom Agri-travaux. Ces prêts ne nécessitent pas d’assurance emprunteur et leurs conditions d’accès ne sont pas indexées sur la catégorie d’invalidité. Pour les personnes percevant le minimum vieillesse ou une pension modeste, ce sont parfois les seuls financements accessibles.

Déjà endetté au moment de l’invalidité : le rachat de crédits comme sortie de crise

Quand l’invalidité survient en cours de prêt, les mensualités existantes ne s’arrêtent pas. La baisse de revenus peut rendre le remboursement intenable. Avant d’envisager un dossier de surendettement, le rachat de crédits mérite d’être étudié comme option intermédiaire.

La modulation de mensualités : l’option contractuelle que peu d’emprunteurs activent à temps

Certains crédits immobiliers incluent une clause de modulation qui permet de baisser (ou d’augmenter) la mensualité une fois par an, dans une fourchette de 10 à 30 % selon les contrats. Cette option est intégrée dès la signature mais la plupart des emprunteurs l’ignorent ou oublient de l’activer quand leur situation change. En cas de passage en invalidité, baisser la mensualité de 20 % peut suffire à maintenir un taux d’endettement soutenable sans passer par un rachat de crédits, qui implique des frais (indemnités de remboursement anticipé, frais de dossier, nouvelle assurance). Vérifiez les conditions générales de votre prêt avant toute autre démarche : la modulation est gratuite, immédiate et ne modifie pas votre taux.

Rachat de crédits en catégorie 2 : la pension suffit-elle à constituer un nouveau dossier ?

La pension d’invalidité de catégorie 2 est acceptée comme revenu stable dans un dossier de rachat de crédits, à condition qu’elle permette de respecter le taux d’endettement après regroupement. Concrètement, l’organisme rachète l’ensemble des crédits existants (conso, immobilier, découverts) et les remplace par un prêt unique, avec une mensualité réduite en échange d’un allongement de la durée. Pour une pension autour de 1 050 €, le rachat est envisageable si la nouvelle mensualité tombe sous 350 €. Le point de vigilance : l’allongement de durée augmente mécaniquement le coût total du crédit. Il faut arbitrer entre un soulagement immédiat de trésorerie et un surcoût final qui peut atteindre 30 à 50 % du capital initial. Un courtier spécialisé peut chiffrer précisément cet écart pour éclairer la décision.

Assurance emprunteur du nouveau prêt : le même obstacle, une deuxième fois

Le rachat de crédits nécessite la souscription d’une nouvelle assurance emprunteur, et c’est là que le parcours d’obstacles recommence. L’assureur du nouveau prêt évaluera votre état de santé actuel, pas celui que vous aviez lors du crédit initial. Si votre invalidité s’est aggravée entre-temps, la surprime sera plus élevée ou le refus plus probable. La convention AERAS s’applique également aux rachats de crédits, mais les conditions (montant maximal, âge en fin de prêt) restent les mêmes. Le calcul du gain réel d’un rachat doit donc intégrer le coût de la nouvelle assurance : un rachat qui réduit la mensualité de 200 € mais ajoute 80 € d’assurance par mois ne génère qu’un gain net de 120 €. Faites chiffrer l’assurance avant de valider l’opération, pas après.

Questions fréquentes

Peut-on obtenir un crédit en étant en invalidité catégorie 2 sans co-emprunteur ?

Oui, pour un crédit à la consommation de faible montant (généralement inférieur à 8 000 €), la pension seule de catégorie 2 peut suffire si elle assure un taux d’endettement sous 35 % après intégration de la nouvelle mensualité. Pour un crédit immobilier, c’est nettement plus difficile sans co-emprunteur, sauf si le montant emprunté reste modeste (typiquement sous 50 000 €) et que la suppression du questionnaire médical sous 200 000 € permet de contourner le blocage assurantiel. Chaque dossier dépend du montant de la pension, des charges existantes et de la qualité de la gestion bancaire sur les derniers mois.

La pension d’invalidité est-elle prise en compte à 100 % dans le calcul de capacité d’emprunt ?

La plupart des banques intègrent la pension d’invalidité à 100 % dans le calcul des revenus, au même titre qu’un salaire. Certains établissements plus prudents appliquent cependant une décote de 10 à 20 %, notamment en catégorie 2 et 3, en raison du risque de révision ou de suppression. Il n’existe pas de règle uniforme : chaque banque applique sa propre politique. C’est pourquoi solliciter plusieurs établissements ou passer par un courtier permet de trouver ceux qui valorisent le mieux ce type de revenu.

L’assurance emprunteur est-elle obligatoire pour un crédit à la consommation ?

Non. Pour un crédit à la consommation, l’assurance emprunteur est facultative, contrairement à la pratique quasi systématique en crédit immobilier. L’organisme prêteur peut vous la proposer, mais vous êtes libre de la refuser sans que cela constitue un motif de refus du crédit. Cela dit, certains organismes ajustent leur taux à la hausse si vous ne souscrivez pas l’assurance, ou intègrent le refus d’assurance comme un signal de risque dans leur algorithme de décision. Pesez le coût de l’assurance par rapport au gain potentiel en termes d’acceptation du dossier.

Que se passe-t-il si mon invalidité survient après avoir souscrit un crédit immobilier ?

Si vous avez souscrit une assurance emprunteur avec garantie invalidité au moment du crédit, c’est l’assurance qui prend le relais. En cas d’Invalidité Permanente Totale (taux supérieur à 66 %), l’assureur rembourse généralement le capital restant dû ou prend en charge les mensualités. En cas d’Invalidité Permanente Partielle (taux entre 33 et 66 %), la prise en charge est partielle et proportionnelle. Si vous n’avez pas souscrit de garantie invalidité ou si votre contrat exclut votre pathologie, l’assurance ne couvre rien et vous restez redevable de l’intégralité des mensualités. Vérifiez les garanties exactes de votre contrat dès l’annonce du diagnostic.

Le dossier de surendettement est-il préférable au rachat de crédits pour une personne invalide ?

Ce sont deux démarches qui ne répondent pas au même problème. Le rachat de crédits est une opération bancaire qui réorganise la dette tout en maintenant le remboursement intégral du capital. Le dossier de surendettement déposé auprès de la Banque de France est un dispositif de protection sociale qui peut aboutir à un rééchelonnement, un gel des intérêts, voire un effacement partiel des dettes, mais il entraîne une inscription au FICP pendant toute la durée du plan (jusqu’à 7 ans) et bloque l’accès à tout nouveau crédit. Si votre endettement est encore gérable avec une mensualité réduite, le rachat est préférable. Si vos dettes dépassent structurellement votre capacité de remboursement même après regroupement, le dossier de surendettement devient la seule issue réaliste.