Payer ses dettes sans tomber dans le surendettement : les leviers que personne n’explique

Rembourser ses dettes sans basculer dans le surendettement, c’est possible. Mais pas avec les conseils qu’on lit partout. La majorité des articles sur le sujet se limitent à « faites un budget » et « contactez la Banque de France ». Entre les deux, il existe un terrain immense de leviers juridiques, de négociations et de mécanismes légaux que presque personne ne détaille. Le problème, ce n’est pas le manque de solutions. C’est que les bonnes décisions dépendent entièrement de la structure de votre endettement, du type de créanciers que vous avez en face, et du moment où vous agissez. Un ménage qui réagit dès le premier impayé n’a rien à voir avec celui qui laisse filer six mois. Cet article ne vous donnera pas de formule magique. Il vous montrera exactement où se trouvent les marges de manœuvre réelles, celles que ni votre banquier ni les sites de rachat de crédit n’ont intérêt à vous expliquer.

Être endetté et être surendetté : la frontière juridique que la plupart franchissent sans le savoir

On oppose souvent ces deux situations comme si la différence était évidente. Elle ne l’est pas. Le droit français ne fixe aucun seuil chiffré pour qualifier le surendettement, et c’est précisément cette zone grise qui piège des milliers de ménages chaque année.

Le seuil légal n’existe pas : pourquoi le « taux d’endettement à 35 % » est un mythe dangereux

Le fameux taux d’endettement à 33 % ou 35 % n’a aucune existence légale en matière de surendettement. C’est un critère bancaire utilisé pour l’octroi de crédit, pas un indicateur de détresse financière. Le Code de la consommation définit le surendettement comme « l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes non professionnelles exigibles et à échoir ». Aucun pourcentage, aucun montant plancher. C’est la commission de surendettement qui apprécie au cas par cas.

En pratique, un ménage à 28 % d’endettement avec un reste à vivre de 200 € par personne est dans une situation bien plus critique qu’un autre à 40 % qui conserve 800 € de marge mensuelle. Se rassurer parce qu’on est « sous les 35 % » revient à ignorer la seule donnée qui compte : ce qui reste après toutes les charges incompressibles.

Les trois signaux qui précèdent le basculement (et que les banques repèrent avant vous)

Les établissements bancaires utilisent des algorithmes de scoring qui détectent les trajectoires à risque bien avant que le client ne s’en rende compte. Trois signaux reviennent systématiquement dans les profils qui basculent vers le surendettement dans les 12 mois suivants.

Le premier : l’utilisation permanente du découvert autorisé, sans jamais revenir en positif en milieu de mois. Le deuxième : la multiplication de petits crédits renouvelables, souvent souscrits en magasin, dont les mensualités cumulées dépassent celle d’un crédit à la consommation classique. Le troisième : le recours à un nouveau crédit pour rembourser un ancien. Quand cette boucle s’installe, l’endettement ne se stabilise plus, il accélère. Les banques le voient dans vos relevés. Elles ne vous préviennent pas, mais elles ajustent discrètement vos conditions.

Frais d’incidents bancaires : le mécanisme qui transforme un retard en spirale irréversible

Un rejet de prélèvement coûte en moyenne 20 €. Un chèque sans provision, jusqu’à 50 €. Pour un ménage déjà fragile, deux ou trois incidents par mois génèrent 60 à 150 € de frais supplémentaires. Ces frais s’ajoutent au solde négatif, provoquent de nouveaux rejets le mois suivant, qui engendrent de nouveaux frais. C’est un effet boule de neige mécanique, totalement prévisible, et pourtant rarement anticipé.

Depuis 2020, les frais d’incidents sont plafonnés à 25 € par mois pour les clients en situation de fragilité financière identifiés par leur banque. Le problème : beaucoup de personnes concernées ne savent pas qu’elles ont droit à ce plafonnement, et leur banque ne le propose pas spontanément. Demander à être reconnu « client fragile » auprès de son agence est un acte simple qui peut économiser plusieurs centaines d’euros par an. C’est souvent le premier geste utile avant toute stratégie de remboursement.

Pourquoi « faire un budget et réduire ses dépenses » ne suffit presque jamais

C’est le conseil le plus répété, et le plus inefficace quand l’endettement a déjà atteint un certain niveau. Le vrai levier n’est pas dans les dépenses courantes mais dans l’architecture même des dettes.

Le vrai problème n’est pas le budget, c’est la structure de l’endettement

Un ménage qui doit 800 € par mois répartis sur un crédit immobilier à 1,5 % et un prêt auto à 4 % n’a pas le même problème qu’un autre qui doit 800 € répartis sur quatre crédits renouvelables à 18 %. Les montants sont identiques, la gravité ne l’est absolument pas.

Ce qui tue un budget, ce ne sont pas les courses ou les abonnements Netflix. Ce sont les taux effectifs globaux cumulés des crédits en cours, les durées résiduelles, et la part de chaque mensualité qui rembourse effectivement du capital versus celle qui ne paie que des intérêts. Sur un crédit revolving à 19 %, les premières années de remboursement ne réduisent quasiment pas le capital. Vous payez sans avancer. Tant que cette structure n’est pas attaquée, réduire vos dépenses de 100 € par mois ne changera pas la trajectoire.

L’ordre dans lequel vous remboursez vos dettes change tout (et la méthode intuitive est la pire)

L’instinct pousse à rembourser en priorité les plus grosses dettes ou celles dont les mensualités pèsent le plus. C’est une erreur coûteuse. Financièrement, la méthode optimale consiste à concentrer tout l’excédent disponible sur la dette au taux d’intérêt le plus élevé, tout en maintenant les paiements minimaux sur les autres. C’est ce qu’on appelle la méthode « avalanche ».

Prenons un exemple concret : vous avez un crédit revolving à 19 % (solde 3 000 €) et un prêt personnel à 5 % (solde 8 000 €). Rembourser le revolving en priorité, même si son solde est plus faible, vous fera économiser davantage en intérêts sur la durée totale. L’erreur classique est de vouloir solder le prêt personnel « parce que la mensualité est plus lourde ». Pendant ce temps, le revolving continue de générer des intérêts massifs. Si vous envisagez un crédit de 5 000 euros pour solder un revolving toxique, le calcul peut être pertinent à condition que le nouveau taux soit significativement inférieur.

Le piège du découvert autorisé : une dette invisible qui coûte plus cher qu’un crédit conso

Le découvert autorisé est rarement perçu comme une dette. Il l’est pourtant, et son coût réel est souvent sous-estimé. Les taux débiteurs sur découvert autorisé oscillent entre 7 % et 16 % selon les banques, et grimpent au-delà de 20 % en cas de dépassement non autorisé. C’est comparable, voire supérieur, aux taux d’un crédit à la consommation classique.

La différence fondamentale : un crédit conso a un échéancier. Le découvert n’en a pas. Il se renouvelle indéfiniment, et puisqu’aucune mensualité fixe n’oblige à le résorber, beaucoup de ménages vivent en permanence à découvert sans jamais rembourser le capital. Le coût s’accumule en silence. Convertir un découvert chronique en un petit crédit de 400 euros ou plus, avec des mensualités fixes et un terme défini, est souvent la première étape pour reprendre le contrôle.

Négocier avec ses créanciers : les rapports de force que personne ne vous enseigne

La plupart des personnes endettées subissent leurs créanciers. Elles paient ce qu’elles peuvent, quand elles peuvent, sans jamais initier le contact. C’est la pire posture possible. La négociation directe reste le levier le plus sous-utilisé, et pourtant le plus efficace à court terme.

Un créancier a parfois plus intérêt à vous aider qu’à vous poursuivre, comment exploiter ça

Engager une procédure de recouvrement coûte cher à un créancier. Mandater un huissier, saisir un tribunal, attendre un jugement, tout cela prend des mois et ne garantit pas le paiement. Pour une dette de quelques milliers d’euros, beaucoup de créanciers préfèrent un accord amiable, même désavantageux, plutôt qu’une procédure longue et incertaine.

C’est un rapport de force que le débiteur ignore presque toujours. Un créancier qui accepte un échelonnement récupère son argent. Un créancier qui poursuit risque de ne rien récupérer, surtout si le débiteur finit par déposer un dossier de surendettement. Mentionner cette possibilité dans une négociation, sans menacer mais en exposant les faits, change souvent la dynamique. Les sociétés de recouvrement, en particulier, sont mandatées pour négocier. Leur marge de manœuvre est bien plus large que ce que leurs courriers agressifs laissent supposer.

Ce qu’un courrier recommandé bien rédigé peut obtenir sans avocat

Un courrier recommandé avec accusé de réception, adressé au service contentieux du créancier, reste l’outil le plus efficace pour formaliser une demande de délai ou de réaménagement. Il crée une trace juridique, oblige le créancier à répondre, et démontre votre bonne foi en cas de procédure ultérieure.

Le courrier doit contenir trois éléments précis : un état factuel de votre situation financière (revenus, charges, dettes en cours), une proposition concrète de remboursement (montant, fréquence, durée), et la mention explicite que vous agissez en amont pour éviter une procédure de surendettement. Ce dernier point est stratégique. Il signale au créancier que le refus de négocier pourrait conduire à une situation où il perdrait davantage. Aucun avocat n’est nécessaire pour cette démarche, et elle fonctionne particulièrement bien avec les bailleurs, les fournisseurs d’énergie et les administrations fiscales.

Délai de grâce : 24 mois de suspension de crédit immobilier sans dossier de surendettement

Peu de ménages connaissent l’article 1343-5 du Code civil, qui permet au juge des contentieux de la protection d’accorder un délai de grâce pouvant aller jusqu’à 24 mois. Pendant cette période, les échéances d’un prêt immobilier (ou d’un autre crédit) peuvent être suspendues ou réduites, sans pénalité de retard et sans inscription au FICP.

Cette procédure est distincte du surendettement. Elle s’adresse aux personnes confrontées à une difficulté temporaire et identifiable : licenciement, maladie, divorce. La demande se fait par requête auprès du tribunal judiciaire. Elle est gratuite et ne nécessite pas obligatoirement un avocat pour les créances inférieures à 10 000 €. Pour un emprunteur immobilier qui traverse un accident de vie, ces 24 mois de répit peuvent suffire à rétablir la situation sans jamais entrer dans une procédure de surendettement.

Le rachat de crédit est présenté comme une solution, il peut devenir le problème

Les publicités pour le rachat de crédit promettent une mensualité réduite et une gestion simplifiée. C’est techniquement exact. Mais le coût réel de l’opération est systématiquement minimisé, et dans certains cas, le rachat aggrave la situation au lieu de la résoudre.

Allonger la durée réduit la mensualité mais explose le coût total : les chiffres que les courtiers omettent

Prenons un cas courant. Un ménage doit 25 000 € répartis sur trois crédits, avec des mensualités cumulées de 650 €. Un rachat de crédit de 25 000 euros lui propose une mensualité unique de 350 €, étalée sur 84 mois au lieu de 48. La mensualité baisse de 300 €. Soulagement immédiat.

Mais le coût total des intérêts passe de 4 200 € à 7 800 €. Le ménage paie 3 600 € de plus pour le privilège de rembourser moins chaque mois. Ajoutez les frais de dossier, les éventuelles indemnités de remboursement anticipé sur les anciens crédits, et la facture réelle du rachat s’alourdit encore. Le rachat de crédit n’élimine pas la dette, il la dilue dans le temps en la rendant plus coûteuse. C’est un outil pertinent uniquement quand la mensualité actuelle met en danger le reste à vivre, pas quand il s’agit simplement de « respirer un peu ».

Rachat refusé : ce que ça révèle sur votre situation réelle (et pourquoi c’est parfois une bonne nouvelle)

Un refus de rachat de crédit signifie qu’aucun établissement ne considère votre profil comme solvable sur la durée proposée. C’est une information brutale mais précieuse. Elle indique que la restructuration par le crédit ne suffira pas et que d’autres leviers doivent être activés : négociation directe, délai de grâce, ou dossier de surendettement.

Paradoxalement, ce refus protège parfois le ménage. Accepter un rachat avec un taux dégradé (8 à 12 % pour les profils fragiles) sur une durée longue peut enfermer dans un remboursement qui ne laisse aucune marge pendant sept ans. Si un imprévu survient pendant cette période, il n’y a plus aucun filet. Mieux vaut parfois prendre acte que la dette actuelle est insoutenable et utiliser les dispositifs légaux prévus pour cette situation, plutôt que de s’accrocher à une illusion de normalité financée à crédit.

Certaines dettes s’éteignent toutes seules : la prescription que les créanciers ne mentionnent jamais

Le droit français prévoit des délais au-delà desquels une dette ne peut plus être réclamée en justice. Ces délais existent, sont parfaitement légaux, et constituent un levier réel dans certaines situations. Aucun créancier ne vous en informera spontanément.

Délais de prescription par type de dette : ce qui tombe à 2 ans, 5 ans ou ne prescrit jamais

Le délai de droit commun pour les dettes entre particuliers et professionnels est de 5 ans (article 2224 du Code civil). Mais des délais spécifiques s’appliquent selon la nature de la créance. Les dettes liées à un crédit à la consommation ou un découvert bancaire se prescrivent par 2 ans à compter du premier incident de paiement non régularisé (article L218-2 du Code de la consommation). Les charges de copropriété : 5 ans. Les dettes fiscales : variable selon l’impôt, généralement 3 à 4 ans. Les dettes de loyer : 3 ans.

En revanche, les dettes issues d’une condamnation pénale (amendes) ne sont pas prescriptibles de la même manière et sont exclues de la procédure de surendettement. Connaître ces délais permet d’évaluer si certaines créances qu’on vous réclame sont encore juridiquement exigibles. Un créancier qui relance pour une dette prescrite compte sur votre ignorance.

Comment un simple accusé de réception peut relancer le compteur à zéro contre vous

La prescription peut être interrompue par certains actes. Une reconnaissance de dette, même partielle, remet le compteur à zéro. Et c’est là que le piège se referme : un simple paiement, même de 10 €, sur une dette ancienne constitue juridiquement une reconnaissance de cette dette et fait repartir le délai de prescription intégralement.

Les sociétés de recouvrement le savent parfaitement. C’est pourquoi elles proposent souvent de « commencer par un petit versement symbolique pour montrer votre bonne volonté ». Ce versement n’est pas symbolique du tout : il relance la prescription pour 2 ou 5 ans selon le type de dette. De même, signer un accusé de réception pour un courrier de mise en demeure n’interrompt pas la prescription en soi, mais répondre par écrit en reconnaissant la dette le fait. Avant tout paiement sur une dette ancienne, vérifiez systématiquement si elle est prescrite. Si elle l’est, aucun tribunal ne peut vous condamner à la payer.

Le dossier de surendettement n’est pas un échec, c’est parfois la décision financière la plus rationnelle

Déposer un dossier de surendettement reste perçu comme un aveu de faillite personnelle. Dans les faits, c’est un dispositif de protection légale, gratuit, conçu pour permettre un redémarrage. Le refuser par fierté quand la situation l’exige coûte presque toujours plus cher que l’accepter.

95 % de recevabilité : le dossier est conçu pour être accepté, pas pour vous humilier

En moyenne, environ 95 % des dossiers déposés sont déclarés recevables par les commissions de surendettement. Ce chiffre à lui seul devrait dissiper la peur du rejet. La procédure est gratuite, gérée par la Banque de France, et ouverte à toute personne physique domiciliée en France, qu’elle soit salariée, au chômage, retraitée ou même propriétaire.

Le dépôt peut se faire en ligne, par courrier ou au guichet. Ni votre employeur ni votre banque ne sont informés au moment du dépôt. Seuls vos créanciers le seront, et uniquement si le dossier est accepté. L’inscription au FICP (Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) intervient dès le dépôt, mais ce fichier n’est consultable que par les établissements de crédit. Il empêche de souscrire de nouveaux emprunts, ce qui, dans une situation de surendettement, est précisément l’objectif.

Ce que la commission calcule vraiment (reste à vivre, patrimoine, capacité de remboursement)

La commission ne se contente pas d’additionner vos dettes. Elle établit votre capacité de remboursement en soustrayant de vos revenus l’ensemble de vos charges incompressibles, puis en garantissant un reste à vivre au moins égal au RSA (pour une personne seule, environ 607 € en 2025). Ce reste à vivre est protégé : aucun plan de remboursement ne peut descendre en dessous.

Si votre capacité de remboursement est positive, la commission proposera un plan conventionnel sur 7 ans maximum, avec des mensualités adaptées. Si elle est nulle ou négative, deux issues sont possibles : un moratoire (gel des dettes pendant 2 ans maximum en attendant une amélioration) ou un rétablissement personnel, c’est-à-dire un effacement total des dettes. Ce dernier scénario concerne les situations irrémédiablement compromises et représente une part significative des dossiers traités.

Propriétaire avec un crédit immobilier : déposer un dossier ne signifie pas perdre son logement

C’est l’une des craintes les plus répandues, et l’une des plus infondées dans la majorité des cas. Depuis la loi Lagarde de 2010, les propriétaires peuvent déposer un dossier de surendettement. La commission cherchera en priorité des solutions qui permettent de conserver la résidence principale, notamment en rééchelonnant les dettes sur une durée plus longue.

La vente du logement n’est envisagée que dans les cas où aucune autre solution ne permet de régler les dettes, et uniquement si le patrimoine immobilier excède largement les besoins de logement du débiteur. Dans les faits, un ménage propriétaire avec un crédit immobilier en cours a souvent plus de chances de bénéficier d’un plan aménagé qu’un locataire sans patrimoine, car la commission dispose de davantage de leviers pour structurer le remboursement.

Les alternatives méconnues entre « se débrouiller seul » et « déposer un dossier »

Il existe un entre-deux que la plupart des articles ignorent. Entre la gestion solitaire de ses dettes et la procédure formelle de surendettement, plusieurs dispositifs permettent d’obtenir un accompagnement, un financement d’urgence ou un répit sans fichage bancaire.

Points Conseil Budget : un diagnostic gratuit avant d’atteindre le point de non-retour

Les Points Conseil Budget (PCB) sont des structures labellisées par l’État, présentes dans chaque département, qui proposent un accompagnement gratuit et confidentiel. Elles incluent les CCAS, certaines associations comme le réseau Crésus, et des organismes sociaux. Un conseiller établit un diagnostic complet de votre situation, identifie les aides mobilisables, et peut intervenir directement auprès de vos créanciers.

L’intérêt principal du PCB est d’agir en amont du surendettement. Il n’implique aucune inscription à un fichier, aucune procédure officielle. C’est un espace de conseil où l’on peut poser les chiffres à plat avec un professionnel et identifier les leviers avant que la situation ne se dégrade. Le réseau Crésus, par exemple, accompagne chaque année des milliers de ménages avec 480 bénévoles répartis sur 226 points d’accueil. La démarche est simple : un appel ou un passage suffit.

Microcrédit social : financer l’urgence quand les banques ont fermé la porte

Le microcrédit personnel est un dispositif destiné aux personnes exclues du système bancaire classique. Son montant varie de 300 à 8 000 €, avec des taux d’intérêt généralement compris entre 1,5 % et 4 %, bien inférieurs à ceux d’un crédit renouvelable. Il peut financer une dépense urgente (réparation de véhicule, frais de santé, formation) ou permettre de solder une petite dette toxique qui génère des frais disproportionnés.

La demande se fait via des associations agréées comme l’ADIE ou le réseau Crésus, qui assurent l’accompagnement et orientent vers une banque partenaire. Le microcrédit n’est pas une solution pour rembourser un endettement global, mais il peut empêcher un basculement. Quand un ménage n’a besoin que de quelques centaines d’euros pour éviter une cascade d’incidents bancaires, c’est souvent le levier le plus adapté, et le moins connu. Pour des besoins de crédit par montant plus importants, d’autres solutions existent selon le profil.

Vente à réméré : céder temporairement un bien pour rembourser sans tout perdre

La vente à réméré est un mécanisme juridique prévu par les articles 1659 à 1673 du Code civil, qui permet à un propriétaire de vendre son bien immobilier tout en conservant le droit de le racheter dans un délai convenu (généralement 6 mois à 5 ans). Pendant ce temps, le vendeur reste occupant du logement moyennant une indemnité d’occupation.

Le capital dégagé par la vente sert à rembourser les dettes. Une fois la situation assainie, le propriétaire rachète son bien, souvent via un nouveau crédit immobilier obtenu avec un profil désormais clean. C’est une alternative radicale mais efficace pour les propriétaires qui veulent éviter la procédure de surendettement et la saisie immobilière. Le risque principal : ne pas être en mesure de racheter dans le délai imparti, ce qui entraîne la perte définitive du bien. Cette solution ne convient qu’aux situations où une amélioration financière est prévisible à moyen terme.

La raison pour laquelle les gens restent bloqués n’est ni juridique ni financière

Tous les leviers décrits dans cet article existent, sont accessibles et fonctionnent. Pourtant, la majorité des ménages surendettés attendent en moyenne deux à trois ans avant de demander de l’aide. Le frein n’est ni l’information ni la complexité des démarches. Il est psychologique.

La honte comme accélérateur de dette : chaque mois de silence aggrave le montant

Le surendettement est encore perçu comme un échec personnel, une preuve d’irresponsabilité. Cette perception est fausse : les études de la Banque de France montrent que la majorité des dossiers sont liés à des accidents de vie (perte d’emploi, séparation, maladie), pas à des comportements irresponsables. Mais la honte agit comme un paralysant. Elle empêche d’ouvrir les courriers, de décrocher le téléphone, de parler de sa situation à un proche ou à un professionnel.

Chaque mois de silence a un coût direct : intérêts de retard, frais d’incidents, pénalités, majorations fiscales. Une dette de 3 000 € non traitée pendant un an peut facilement atteindre 4 500 € avec les frais accumulés. La honte ne protège pas, elle facture. Et elle empêche de découvrir que des dispositifs gratuits, confidentiels et non stigmatisants existent précisément pour ces situations.

Agir au premier rejet de prélèvement divise par trois le risque de surendettement

Les données des Points Conseil Budget convergent sur un point : les ménages qui consultent dès les premiers signes de difficulté (premier rejet de prélèvement, premier découvert non résorbé) ont un taux de passage au surendettement formel trois fois inférieur à ceux qui attendent que la situation devienne ingérable.

La raison est mécanique. À un stade précoce, les options sont nombreuses : négociation amiable, délai de grâce, réaménagement bancaire, aides ponctuelles. Six mois plus tard, la plupart de ces portes sont fermées. Les créanciers ont mandaté des sociétés de recouvrement, les frais se sont accumulés, et la seule issue restante est souvent la procédure formelle. Le premier rejet de prélèvement n’est pas un incident mineur. C’est un signal d’alerte qui vaut de l’or, à condition de ne pas le mettre sous le tapis.

Questions fréquentes

Est-ce qu’un conjoint est automatiquement concerné si je dépose un dossier de surendettement ?

Non. La procédure de surendettement est personnelle. Si vous déposez un dossier seul, votre conjoint n’est pas inscrit au FICP et n’est pas directement affecté. En revanche, pour les dettes communes (co-emprunt, solidarité entre époux pour les dettes ménagères), les créanciers peuvent continuer à poursuivre le conjoint non déposant et à saisir les biens communs. Si les deux conjoints sont endettés, il est souvent préférable de déposer un dossier conjoint pour que la protection s’étende à l’ensemble du foyer.

Peut-on souscrire un nouveau crédit pendant une procédure de surendettement ?

Techniquement, c’est possible mais uniquement avec l’accord préalable de la commission de surendettement. Vous devez adresser une demande écrite accompagnée de l’offre de prêt ou de la simulation. En pratique, l’inscription au FICP dissuade la quasi-totalité des établissements de vous accorder un financement. Cette restriction est protectrice : elle empêche l’aggravation d’une situation déjà compromise. En cas de besoin urgent et légitime (remplacement d’un véhicule pour conserver un emploi, par exemple), la commission peut autoriser un emprunt ciblé.

Les dettes fiscales (impôts, taxes) sont-elles incluses dans la procédure de surendettement ?

Oui, les dettes fiscales peuvent être intégrées au dossier de surendettement et faire l’objet d’un rééchelonnement ou, dans les cas extrêmes, d’un effacement. En revanche, les amendes pénales (contraventions routières, condamnations pénales) sont exclues de la procédure. Pour ces dernières, il faut contacter directement la Trésorerie amendes pour demander un étalement de paiement, indépendamment du dossier de surendettement.

Combien de temps reste-t-on fiché au FICP après un dossier de surendettement ?

La durée d’inscription au FICP dépend de l’issue de la procédure. En cas de plan conventionnel de redressement ou de mesures imposées, l’inscription dure 7 ans maximum, mais elle est levée automatiquement dès que le plan est intégralement remboursé avant son terme. En cas de rétablissement personnel (effacement des dettes), l’inscription est de 5 ans. Pendant cette période, l’accès au crédit est fortement restreint, mais il est possible de rouvrir un compte bancaire et d’accéder aux services bancaires de base via le droit au compte.

Existe-t-il un montant minimum de dettes pour déposer un dossier de surendettement ?

Non. Le Code de la consommation ne fixe aucun seuil de montant. La commission évalue la situation globale : revenus, charges, composition familiale, nature des dettes. Un ménage avec 5 000 € de dettes et des revenus très faibles peut être déclaré en surendettement, tandis qu’un autre avec 50 000 € de dettes et des revenus élevés ne le sera pas. Le critère déterminant est l’impossibilité manifeste de faire face, pas le montant absolu.