Oui, on peut obtenir un crédit immobilier sans apport. Non, ce n’est pas aussi simple que les articles optimistes le laissent croire. Le prêt à 110% existe, le HCSF n’impose aucun montant d’apport minimum, et certaines banques financent encore l’intégralité d’une opération. Mais dans la pratique, la majorité des dossiers sans épargne personnelle sont refusés, souvent pour des raisons que les emprunteurs ne soupçonnent pas. Le problème n’est presque jamais l’absence d’apport en soi. C’est ce qu’elle révèle aux yeux du banquier sur votre gestion financière, votre capacité d’épargne et la solidité de votre projet. Cet article ne vous dira pas que « tout est possible avec un bon dossier ». Il vous dira dans quels cas précis ça passe, pourquoi ça bloque ailleurs, et ce que ça coûte réellement quand ça fonctionne.
Aucune loi n’exige d’apport : pourquoi les banques font croire le contraire
La confusion entre obligation légale et pratique bancaire est au cœur du sujet. Aucun texte réglementaire en France ne conditionne l’octroi d’un crédit immobilier à un apport personnel minimum. Ce qui bloque, c’est une interprétation défensive des banques, pas le droit.
Ce que dit réellement le HCSF : endettement et durée, mais zéro mention d’un apport obligatoire
Le Haut Conseil de Stabilité Financière encadre le crédit immobilier depuis 2021 à travers deux critères devenus juridiquement contraignants au 1er janvier 2022 : un taux d’effort plafonné à 35% (charges d’emprunt rapportées aux revenus, assurance incluse) et une durée maximale de 25 ans (27 ans en VEFA ou achat ancien avec travaux représentant au moins 10% du montant). C’est tout. Relisez la décision D-HCSF-2021-7 publiée au Journal Officiel : le mot « apport » n’y figure pas comme critère d’octroi. Le HCSF surveille l’endettement des ménages, pas leur capacité d’épargne préalable. La nuance est fondamentale, parce qu’elle signifie que le refus d’un dossier sans apport relève d’une politique commerciale de la banque, pas d’une contrainte légale.
La marge de dérogation de 20% que la plupart des banques n’utilisent même pas en totalité
Les banques disposent d’un quota de flexibilité de 20% de leur production trimestrielle pour accorder des prêts qui dépassent les critères HCSF. En théorie, c’est un filet de sécurité pour les profils atypiques mais solvables. En pratique, ce quota est chroniquement sous-utilisé. Au premier trimestre 2023, la production non conforme s’établissait à 13,8%, bien en dessous du plafond autorisé. Dit autrement, les banques préfèrent laisser du quota inutilisé plutôt que de prendre le risque de financer des dossiers sans apport. Ce n’est pas un manque de possibilité, c’est un manque de volonté. Et ce constat change la nature de la négociation : quand un conseiller vous dit « les normes ne nous permettent pas de vous financer », il parle de sa grille interne, pas du HCSF.
Pourquoi le « 10% minimum » est une norme commerciale, pas une norme prudentielle
Le fameux seuil de 10% d’apport, repris par quasiment tous les sites de banques et de courtiers, n’a aucun fondement réglementaire. Il correspond à la couverture des frais de notaire et des frais de garantie, ce qui en fait un repère commode pour les établissements prêteurs. Mais commode ne veut pas dire obligatoire. En réalité, ce seuil sert surtout à calibrer le risque résiduel : une banque qui prête 110% d’un bien se retrouve exposée dès le premier jour, puisque la valeur de revente du bien ne couvre pas le capital restant dû. À l’inverse, un apport de 10% absorbe ce différentiel et protège la banque en cas de défaut. Le « 10% minimum » est donc un outil de gestion du risque bancaire, pas une condition légale d’accès au crédit.
Deux profils empruntent sans apport, mais pas pour les mêmes raisons
L’absence d’apport ne raconte pas la même chose selon que vous êtes un primo-accédant qui n’a pas eu le temps d’épargner ou un investisseur qui choisit délibérément de maximiser son levier. Les banques le savent et ne traitent pas ces deux dossiers de la même façon.
Le primo-accédant contraint : pas d’épargne, mais un potentiel de revenus que la banque achète
Un primo-accédant de 28 ans en CDI depuis deux ans avec 2 800 € nets de salaire et zéro épargne disponible n’a pas le même profil de risque qu’un trentenaire qui a dépensé tout son argent en consommation. La banque fait la différence. Ce qu’elle évalue dans ce cas, c’est la trajectoire : un jeune ingénieur ou cadre dont les revenus vont mécaniquement progresser représente un risque décroissant dans le temps. La banque « achète » ce potentiel en acceptant un financement à 100% ou 110%. C’est aussi pour cette raison que 30% des dérogations HCSF sont fléchées vers les primo-accédants : le régulateur lui-même reconnaît que ce profil mérite un traitement spécifique. Pour ce type de dossier, l’absence d’apport est comprise comme circonstancielle, pas structurelle. Mais cela suppose que le reste du dossier soit irréprochable : pas de crédits conso en cours, pas de découverts, et un projet immobilier cohérent avec sa capacité de remboursement.
L’investisseur qui refuse de mettre son apport : logique de levier vs logique patrimoniale
Un investisseur locatif qui a 30 000 € sur un PEA et demande un financement sans apport n’envoie pas le même signal qu’un primo-accédant fauché. Il fait un choix de levier financier : emprunter un maximum pour conserver son épargne investie ailleurs, potentiellement à un rendement supérieur au coût du crédit. Cette stratégie est parfaitement rationnelle sur le papier. Mais elle se heurte à un problème concret : les banques n’allouent que 6% de leur production trimestrielle aux dérogations pour investissement locatif (30% des 20% de flexibilité HCSF). Le stock de dossiers dérogatoires disponibles pour du locatif est donc structurellement limité. Face à deux investisseurs comparables, celui qui apporte 10% sera systématiquement priorisé. La logique de levier maximal fonctionne encore, mais elle exige un cashflow locatif solide et un reste à vivre large pour compenser l’absence de garantie personnelle.
Le piège du « jeune actif » : quand la banque dit oui au profil mais non au projet
Beaucoup de jeunes emprunteurs décrochent un accord de principe en agence, puis voient leur dossier refusé en comité de crédit. L’explication est rarement donnée clairement : le profil était recevable, mais le projet ne l’était pas. Un studio à 180 000 € en zone tendue avec une rentabilité locative médiocre, ou une maison à 250 000 € dans un secteur où les prix stagnent, ça ne passe pas sans apport. La banque évalue aussi la valeur de revente du bien par rapport au capital prêté. Si elle estime qu’en cas de défaut dans les 5 premières années, la revente du bien ne couvrirait pas l’encours du prêt, elle refuse. Pas parce que vous n’êtes pas solvable, mais parce que le couple emprunteur/projet ne tient pas sans coussin financier.
Le calcul différentiel est mort : ce que ça change concrètement pour emprunter sans apport en locatif
Avant les normes HCSF, les investisseurs locatifs bénéficiaient d’un mode de calcul avantageux pour le taux d’endettement. Sa suppression a profondément changé l’accès au crédit sans apport pour ce type de projet.
Ancien calcul vs calcul HCSF : simulation sur un 120 000 € à 750 €/mois de loyer
Prenons un salarié à 4 000 € nets par mois, avec des charges foncières de 600 € et une mensualité de crédit de 900 €. L’ancien calcul différentiel imputait les loyers directement au remboursement : 700 € de loyer pondéré (70% de 1 000 €) moins 600 € de charges = 100 € de solde positif ajouté aux revenus. Taux d’endettement : 900 / 4 100 = 21,9%. Avec le calcul HCSF actuel, les loyers sont intégrés aux revenus et toutes les charges sont additionnées : (900 + 600) / (4 000 + 700) = 31,9%. La différence est colossale. Un dossier confortable à 22% d’endettement se retrouve à 32%, proche du plafond. Ajoutez un crédit auto de 200 €/mois et vous basculez à 36%, au-delà du seuil. C’est ce mécanisme qui a tué l’investissement locatif sans apport pour la majorité des profils intermédiaires.
4% de dérogation pour le locatif : concrètement, combien de dossiers par trimestre et par banque
Les 20% de flexibilité HCSF se répartissent ainsi : 70% pour la résidence principale (dont 30% fléchés primo-accédants) et 30% laissés à la libre appréciation de la banque, soit 6% de la production trimestrielle totale. Pour une agence bancaire qui produit 15 dossiers de crédit par trimestre, cela représente moins d’un dossier dérogatoire pour du locatif. En pratique, ce dossier ira au client qui présente le meilleur profil global, c’est-à-dire souvent celui qui a déjà un patrimoine, des revenus élevés, et accessoirement… de l’apport. Le sans-apport locatif n’est pas interdit, mais il entre en compétition directe avec des dossiers plus solides pour un nombre de places extrêmement restreint.
Les montages qui passent encore : cashflow positif dès le mois 1 ou rien
Les dossiers locatifs sans apport qui obtiennent un financement en 2026 partagent un point commun : le cashflow est positif ou neutre dès la première mensualité. Concrètement, le loyer net de charges et d’impôts couvre intégralement la mensualité du prêt. Cela suppose un bien acheté en dessous du prix du marché, dans une zone où la demande locative est forte et les vacances quasi inexistantes. Les petites surfaces en centre-ville de métropoles régionales (Rennes, Lille, Montpellier) restent les cibles les plus crédibles. Un T2 à 100 000 € loué 550 €/mois a plus de chances de passer qu’un T3 à 200 000 € loué 900 €/mois, parce que le ratio d’effort est plus faible et le risque de vacance locative moindre. Les montages avec travaux permettant d’accéder au différé de 2 ans (27 ans au total) sont aussi un levier, puisqu’ils abaissent temporairement la mensualité pendant la phase de rénovation.
Le vrai coût d’un prêt sans apport : ce que personne ne met en face du « c’est possible »
Dire qu’on peut emprunter sans apport sans expliquer ce que ça coûte est malhonnête. Le surcoût ne se limite pas au taux d’intérêt : il se diffuse sur l’assurance, la garantie et la capacité de revente.
Surcoût en intérêts sur 25 ans : comparaison 0% vs 10% vs 20% d’apport sur un même bien
Sur un bien à 200 000 € avec un taux nominal de 3,5% sur 25 ans, le coût total des intérêts pour un financement à 110% (220 000 € empruntés, frais inclus) atteint environ 114 000 €. Avec 10% d’apport (198 000 € empruntés, frais payés cash), les intérêts tombent à environ 103 000 €. Avec 20% d’apport (176 000 € empruntés), on passe sous les 91 000 €. La différence entre 0% et 20% d’apport représente plus de 23 000 € d’intérêts supplémentaires sur la durée totale du prêt. Et ce calcul ne tient pas compte du taux majoré qu’appliquent la plupart des banques sur les dossiers sans apport, ni du surcoût d’assurance.
Taux majoré, assurance plus chère, garantie hypothécaire au lieu de caution : l’effet cascade
Sans apport, le taux proposé est en moyenne 0,1 à 0,3 point au-dessus de celui d’un dossier équivalent avec apport. Ce n’est pas énorme en apparence, mais sur 25 ans, chaque dixième de point représente plusieurs milliers d’euros. L’assurance emprunteur suit la même logique : le capital assuré étant plus élevé, la prime mensuelle augmente proportionnellement. Mais le surcoût le plus sous-estimé concerne la garantie. Les organismes de caution comme Crédit Logement peuvent refuser les dossiers à 110%, ou les accepter avec une surprime. Dans ce cas, la banque exige une garantie hypothécaire, plus lourde en frais initiaux (environ 1,5 à 2% du montant emprunté contre 1% pour une caution) et plus contraignante en cas de remboursement anticipé ou de rachat de crédit.
Negative equity : le scénario où vous devez de l’argent à la banque en cas de revente à perte
Un emprunteur qui finance à 110% un bien de 200 000 € se retrouve avec un capital restant dû supérieur à la valeur du bien dès le premier jour. Pendant les 5 à 7 premières années, l’amortissement ne compense pas ce différentiel. Si les prix stagnent ou baissent de 5 à 10%, revendre le bien ne suffit pas à rembourser la banque. C’est la negative equity : vous devez encore de l’argent après la vente. Ce scénario, courant dans les pays anglo-saxons après 2008, reste marginal en France grâce à la relative stabilité des prix. Mais il devient un risque concret dans les zones où le marché corrige (certaines villes moyennes, périphéries métropolitaines surévaluées). Emprunter sans apport dans une zone en décroissance démographique, c’est parier que le marché ne vous donnera jamais tort. C’est un pari, pas un plan.
Ce que la banque regarde vraiment quand il n’y a pas d’apport
Sans apport, chaque détail de votre dossier est scruté avec une exigence supérieure. Les critères ne changent pas, mais le seuil de tolérance baisse drastiquement.
La « capacité d’épargne non mobilisée » pèse plus que le montant sur votre Livret A
Un emprunteur qui gagne 3 000 € nets, dépense 2 200 € par mois et met 800 € de côté chaque mois depuis un an sans les mobiliser comme apport a un meilleur profil qu’un emprunteur qui a 15 000 € d’épargne mais vit à découvert un mois sur trois. La banque ne regarde pas seulement combien vous avez, mais combien vous êtes capable de mettre de côté régulièrement. C’est cette capacité d’épargne résiduelle qui rassure sur votre aptitude à absorber un imprévu sans faire défaut sur les mensualités. Un flux d’épargne régulier de 500 à 800 €/mois, même non transformé en apport, est un signal fort. C’est aussi pour ça que certains emprunteurs stratégiques choisissent de garder leur épargne intacte plutôt que de la verser en apport : ils montrent leur discipline budgétaire tout en conservant une réserve de sécurité.
Les 3 derniers mois de relevés bancaires : ce qui déclenche un refus immédiat
L’analyse des relevés bancaires sur les 90 derniers jours est le filtre le plus sévère pour les dossiers sans apport. Un seul passage en découvert non autorisé peut suffire à bloquer le dossier en comité. Les rejets de prélèvement, même corrigés en 24 heures, laissent une trace. Les abonnements aux sites de paris sportifs ou de jeux en ligne sont des signaux d’alerte pour l’analyste crédit. Les virements réguliers vers des plateformes de trading crypto peuvent aussi poser problème, non pas pour des raisons morales, mais parce qu’ils suggèrent une gestion financière spéculative incompatible avec un engagement de crédit sur 15 ans ou plus. Si vous envisagez un crédit sans apport, nettoyez vos comptes au moins 6 mois avant la demande, pas 3. Les banques demandent 3 mois de relevés mais peuvent en réclamer davantage.
Reste à vivre vs taux d’endettement : pourquoi un dossier à 34% peut être refusé et un à 37% accepté
Le taux d’endettement à 35% est un plafond, pas un seuil d’acceptation automatique. Un couple avec 4 000 € de revenus et 1 360 € de mensualités (34% d’endettement) conserve 2 640 € de reste à vivre. Un couple avec 8 000 € de revenus et 2 960 € de mensualités (37% d’endettement) garde 5 040 € de reste à vivre. Le second dossier, bien qu’au-delà du seuil HCSF, a une marge de sécurité bien supérieure. C’est précisément ce type de dossier qui consomme la marge de dérogation des 20%. La banque accepte un taux d’effort plus élevé parce que le reste à vivre absorbe largement les aléas. À l’inverse, un dossier pile à 34% avec un reste à vivre serré et aucun apport concentre trop de facteurs de risque. Le taux d’endettement est un indicateur, le reste à vivre est le vrai juge de paix.
Stratégies terrain pour passer sans apport en 2026
Les leviers existent, mais ils sont techniques et supposent une préparation en amont. Aucune de ces stratégies ne fonctionne si le dossier de base est fragile.
Utiliser le PTZ comme apport technique : ce que ça débloque dans le scoring bancaire
Le Prêt à Taux Zéro n’est pas un apport au sens strict, mais il joue un rôle équivalent dans l’analyse bancaire. En finançant une partie de l’opération à 0%, il réduit le montant du prêt principal et donc la mensualité globale, ce qui améliore mécaniquement le taux d’endettement. Pour la banque, un dossier « sans apport mais avec PTZ » n’est pas traité comme un dossier sans apport pur. Le PTZ absorbe une partie du risque que l’apport personnel aurait couvert. En 2026, le PTZ élargi aux zones tendues et détendues (sous conditions de revenus) est devenu un outil stratégique pour les primo-accédants. Un emprunteur éligible au PTZ qui se présente comme « sans apport » fait une erreur de positionnement : il a un apport technique qu’il doit mettre en avant dès la première prise de contact avec la banque.
Timing trimestriel : présenter son dossier quand la banque a du quota de dérogation disponible
Les banques gèrent leur quota de dérogation HCSF sur une base trimestrielle, avec la possibilité de lisser sur les deux trimestres suivants. En début de trimestre, le quota est vierge. En fin de trimestre, si la banque a déjà consommé ses 20%, votre dossier sans apport n’a mécaniquement aucune chance s’il nécessite une dérogation. Le conseil est simple mais rarement donné : déposez votre dossier en janvier, avril, juillet ou octobre. Si votre courtier a de bons contacts en agence, il peut obtenir cette information. Certaines banques régionales, moins sollicitées que les réseaux nationaux, ont des quotas de dérogation moins saturés, ce qui augmente vos chances de passer.
Les banques en ligne qui acceptent le 100% (et pourquoi elles plafonnent la durée à 20 ans)
BoursoBank, par exemple, accepte les dossiers sans apport pour le crédit immobilier. Mais avec une contrainte rarement mise en avant : la durée maximale est plafonnée à 20 ans quand l’apport ne couvre pas les frais de notaire. Sur un bien à 200 000 €, passer de 25 à 20 ans fait grimper la mensualité d’environ 150 à 200 € par mois. Résultat : le taux d’endettement explose et le dossier qui passait à 25 ans ne passe plus à 20. Les banques en ligne appliquent cette limitation parce que leur modèle de risque est plus conservateur sur les dossiers à faible apport. Elles compensent l’absence de relation de proximité par des critères d’octroi plus stricts. Ce n’est pas une mauvaise option pour les revenus élevés qui supportent la mensualité, mais c’est un piège pour les profils intermédiaires qui comptaient sur la durée longue pour rester sous les 35%.
Faire jouer deux banques l’une contre l’autre quand on a un bon reste à vivre mais zéro apport
La mise en concurrence reste le levier le plus efficace pour un emprunteur sans CDI classique ou sans apport. Mais elle suppose une méthode. Obtenir une simulation écrite d’une première banque, même défavorable, donne un point d’ancrage pour la négociation avec une seconde. Si la première refuse à cause de l’apport mais reconnaît la solidité du profil, ce document devient un argument : « votre concurrent a validé mon profil mais bloque sur l’apport, que proposez-vous ? ». Les banques mutualistes (Crédit Agricole, Banque Populaire, Caisse d’Épargne) sont plus ouvertes que les banques nationales sur les dossiers sans apport, parce que leur logique est celle de la conquête client long terme. Elles acceptent de financer un primo-accédant à perte sur le crédit si elles captent ensuite l’assurance-vie, le PEL et la domiciliation des revenus.
Faut-il vraiment emprunter sans apport ou vaut-il mieux attendre 12 mois ?
La question que personne ne pose dans les articles sur le « sans apport » est celle du timing. Dans certains cas, attendre un an pour constituer un apport minimum coûte moins cher que d’emprunter immédiatement à 110%.
Le coût d’opportunité de l’attente : hausse des prix vs économie d’intérêts
Un emprunteur qui épargne 1 000 €/mois pendant 12 mois se retrouve avec 12 000 € d’apport. Sur un bien à 200 000 €, cela représente 6% du prix. Pas assez pour couvrir les frais de notaire en ancien, mais suffisant pour passer d’un financement à 110% à un financement à 100%, ce qui change fondamentalement le regard de la banque sur le dossier. En face, le risque est que les prix du marché augmentent de 3 à 5% en un an, soit 6 000 à 10 000 € sur le même bien. Le calcul dépend entièrement de la dynamique locale : dans une ville où les prix progressent de 5%/an, attendre coûte plus cher qu’emprunter immédiatement. Dans un marché stable ou en correction, l’attente est presque toujours gagnante.
10 000 € d’apport changent plus le taux que 10 000 € de baisse du prix du bien
Un apport de 10 000 € sur un bien à 200 000 € ne réduit le capital emprunté que de 5%. L’économie d’intérêts est modeste, autour de 5 000 à 6 000 € sur 25 ans. Mais l’effet indirect est bien plus puissant : ce petit apport peut faire basculer la banque d’un taux majoré « sans apport » à un taux standard, soit un gain de 0,2 à 0,3 point. Sur 25 ans et 190 000 € empruntés, 0,2 point de taux en moins représente environ 6 000 à 8 000 € d’économie supplémentaire. Au total, 10 000 € d’apport peuvent générer 11 000 à 14 000 € d’économie globale. C’est un effet de levier inversé : un petit montant initial produit un impact disproportionné sur le coût total du crédit.
L’arbitrage que personne ne pose : garder son épargne placée à 3% vs réduire un prêt à 3,5%
Un emprunteur qui a 20 000 € sur un Livret A rémunéré à 3% net et envisage un crédit à 3,5% fait face à un choix rarement explicité. Placer cet argent lui rapporte 600 €/an. L’injecter en apport lui économise environ 700 €/an en intérêts (sur un prêt de 200 000 €). Le différentiel net est de 100 €/an, soit une somme marginale. Dans ce scénario, garder son épargne liquide comme filet de sécurité tout en empruntant à 110% peut se défendre financièrement. Mais ce raisonnement ne fonctionne que si le taux du crédit sans apport reste proche du taux avec apport. Si l’absence d’apport fait grimper le taux de 0,3 point (passant de 3,5% à 3,8%), le coût additionnel dépasse largement le rendement du Livret A, et l’arbitrage bascule en faveur de la mobilisation de l’épargne. Tout dépend de l’écart de taux réel entre les deux scénarios, un chiffre que vous n’obtiendrez qu’en demandant deux simulations à votre banque.
Questions fréquentes
Peut-on emprunter sans apport avec un CDD ou en intérim ?
C’est techniquement possible mais extrêmement rare. Sans CDI, la banque perd sa première garantie : la stabilité des revenus. Cumuler l’absence d’apport et l’absence de contrat stable revient à présenter un dossier sans aucun filet de sécurité pour le prêteur. Les seuls cas où ça passe concernent des intérimaires ou CDD avec un historique de revenus réguliers sur 3 ans minimum, dans des secteurs en tension où le renouvellement est quasi automatique. Un courtier spécialisé dans les profils atypiques est indispensable dans cette configuration.
L’assurance emprunteur est-elle plus difficile à obtenir sans apport ?
L’assurance emprunteur ne dépend pas du montant d’apport mais du capital emprunté, de l’âge et de l’état de santé. En revanche, un financement à 110% augmente mécaniquement le capital à assurer, ce qui fait monter la prime mensuelle. Sur un prêt de 220 000 € au lieu de 200 000 €, la différence peut atteindre 10 à 15 €/mois, soit 3 000 à 4 500 € sur 25 ans. La délégation d’assurance reste le meilleur levier pour réduire ce surcoût, y compris sur un dossier sans apport.
Un co-emprunteur améliore-t-il les chances d’obtenir un prêt sans apport ?
Oui, et de façon significative. Un co-emprunteur augmente les revenus pris en compte, ce qui améliore le taux d’endettement et le reste à vivre. Mais surtout, il divise le risque pour la banque : deux sources de revenus indépendantes réduisent la probabilité d’un défaut simultané. Un couple en CDI avec 5 000 € de revenus cumulés et zéro apport a plus de chances qu’un emprunteur seul à 3 000 € avec 10 000 € d’apport. La banque raisonne en probabilité de remboursement, pas en montant d’épargne accumulée.
Le courtier est-il indispensable pour un dossier sans apport ?
Pas indispensable, mais son apport (sans jeu de mots) est disproportionné sur ce type de dossier. Le courtier sait quelles banques utilisent activement leur quota de dérogation HCSF, lesquelles acceptent le 110% et dans quelles conditions. Il connaît les périodes du trimestre où déposer un dossier atypique a le plus de chances d’aboutir. Sur un dossier classique avec 20% d’apport, le courtier optimise le taux. Sur un dossier sans apport, il peut faire la différence entre un refus et un accord. Ses honoraires (1 000 à 2 000 € en moyenne) sont amortis dès que le taux obtenu est inférieur de 0,1 point à ce que vous auriez décroché seul.
Peut-on utiliser un don familial comme apport pour contourner le problème ?
Un don familial est un apport à part entière aux yeux de la banque, à condition qu’il soit formalisé. Un virement de 15 000 € sans justificatif peut être requalifié en prêt familial et alourdir votre endettement au lieu de le réduire. Pour qu’un don soit pris en compte comme apport, il faut une attestation de don manuel signée par le donateur, et idéalement une déclaration fiscale (formulaire 2735). En dessous de 31 865 € par parent, le don est exonéré de droits sous conditions d’âge. C’est l’un des moyens les plus efficaces de transformer un dossier « sans apport » en dossier « avec apport minimum » sans effort d’épargne personnel.